Saintes, rue Bernard.

Saintes, rue Bernard.

Jean-Philippe Baigl

Avant la construction du projet d’extension de l’EHPAD de la Providence à Saintes, un diagnostic archéologique réalisé en 2012 avait permis d’identifier plusieurs phases d’occupation depuis la période antique jusqu’à l’Epoque moderne, donnant ainsi lieu à une campagne de fouille ( fig.1). Effectuée par une équipe d’une dizaine d’archéologues de l’Inrap cette opération a débuté le 13 janvier 2014 pour se terminer au mois d’août.

FProvidence Fig 1

Figure 1 – Vue générale de la fouille lors du décapage des niveaux antiques (cliché G. Lavoix)

D’une superficie de 2 500m², l’emprise de la fouille occupe le bord oriental du promontoire qui domine le cœur ancien de la ville de Saintes.

Les nombreuses découvertes effectuées dans ce quartier depuis la fin du XIXè siècle témoignent d’une densité importante de vestiges remontant aux origines de la ville. Toutefois, hormis les opérations préalables à la construction de l’hôpital Saint-Louis dans les années 1970, aucune fouille préventive d’envergure n’avait été réalisée dans le centre de la cité antique. Cette opération offre donc l’opportunité d’obtenir des données inédites sur les origines de la ville, les prémices de son urbanisation, le développement et l’évolution de la trame urbaine depuis l’Antiquité jusqu’à l’Epoque moderne, ainsi que sur l’histoire des fortifications de la ville et de son château.

Les niveaux anciens

Les vestiges les plus anciens concernent des traces fugaces d’occupation de la fin de l’Âge de Bronze ou au début de l’Âge du fer : il s’agit le plus souvent de tessons de céramique retrouvés de manière erratique au sein des occupations postérieures ou au niveau du paléosol. Les premières structures organisées concernent des constructions sur poteaux ou sablières présentes sur toutes les zones explorées exhaustivement, indiquant une occupation du secteur vers le milieu du 1er siècle av. J.-C ( à confirmer par l’étude non encore effectuée du mobilier). La structuration de l’espace par niveaux de circulation apparaît à l’époque augusto-tibérienne conjointement à la densification de l’occupation.

Un îlot urbain du Ier au IIIè siècle.

Les recherches ont révélé l’existence d’un îlot urbain situé à l’angle de deux rues ( fig.2), toutes deux bordées par un égout et un portique; ce trottoir couvert est séparé de la rue par une colonnade. les recharges successives de galets, silex ou fragments de tuiles qui constituent les niveaux de circulation de la voie témoignent d’une utilisation fréquente et ancienne. La voie est-ouest parait secondaire à celle d’axe nord-sud qui doit correspondre au cardo qui, en se prolongeant vers le nord, dessert les thermes de Saint-Saloine d’un côté et de l’autre un quartier périphérique antique, objet d’une fouille fin 2013 rue Daniel Massiou.

Le bâtiment dégagé à l’angle des deux rues montre de grands espaces rectangulaires voués en partie à une activité artisanale ( travail des métaux) et peut-être aussi commerciale. Un autre ensemble séparé du premier par une cour a été dégagé plus à l’est. Une pièce donnant sur la voie décumane dessert une composition monumentale dégagée seulement partiellement et qui montre notamment une pièce à abside richement ornementée ( placage de marbre, pilastres moulurés,….).

Providence plan fig2

Figure 2 – Plan schématique des principaux vestiges du Ier au IIIè s, ap.J.-C. ( J.-P.Baigl, G. Lavoix, P.Neuvy, J.-S.Torchut, Inrap)

La construction du rempart ( fin du IIIè s./début du IVè siècle)

L’organisation de l’îlot urbain perdure jusqu’au IIIè s. pour disparaître lors de la construction de l’enceinte urbaine vers la fin du IIIè siècle vraisemblablement. Le tracé du rempart, encore visible à l’angle de la rue Bernard et de la place du 11 Novembre, se poursuit vers le nord , sous le parking le long du mur de clôture occidental de la Providence, qui constitue la limite de la fouille, la situant ainsi à l’intérieur de l’enceinte.

L’îlot est progressivement détruit comme la plupart des monuments anciens de la ville ( édifices publics, temples, mausolée,…) avec une récupération des matériaux qui serviront à la construction de la fondation du rempart. Plusieurs blocs d’architecture, colonnes essentiellement, ont été découverts lors de l’exploration.

Le rempart n’est pas visible sur la fouille puisqu’il se situe quelques mètres plus à l’ouest donnant donc l’opportunité d’étudier les abords immédiats de l’intérieur de l’enceinte. Un talus interne adossé au pied de la fortification a ainsi pi être identifié.

La réorganisation de la ville à l’époque médiévale

Cette zone zone au pied du rempart restera vierge de toute construction jusqu’au VIIIè/Xè siècle. A partir de cette période qui peut s’étendre jusqu’au XIIè siècle, l’espace vraisemblablement voué à des jardins est percé d’une multitude de fosses( silos, latrines, dépotoirs) indiquant une toute proche occupation : l’analyse du matériel permettra peut-être de savoir s’il s’agit d’un habitat civil ou des phases anciennes du château ( fig. 3).

Providence plan fig3

Figure 3 – Plan synthétique de l’occupation médiévale (J.-P. Baigl, G.Lavoix, P. Neury, J.-S. Torchut, Inrap)

Des voies se dirigeant vers l’angle nord-ouest du site témoignent probablement d’un accès à celui-ci. Si aucune construction n’a été observée dans ce secteur en liaison avec les fosses, à partir du XIIIè s.se développe un bâti avec des constructions de diverses qualités. Au sud et à l’ouest, des bâtiments sont élevés en moellons montés à la terre ( fig.3, A-B-C-D-E), alors qu’au centre de l’espace un bâtiment en pierres de taille liées au mortier de chaux est élevé sur un cellier semi-enterré ( fig.3, F.G). Ce dernier subit une reconstruction totale avec une extension vers l’ouest avant d’être abandonné dans le courant du XIVè s. comme semble-t-il, le reste du terrain sous réserve de l’étude complète du mobilier céramique.

Providence

Vue vers le nord-ouest, d’une des tours du château et de son escarpe talutée. A droite, l’escarpe a été détruite par une carrière moderne (cliché J-P Nibodeau Inrap).

 

Jean-Philippe Baigl, archéologue INRAP, responsable de la fouille donnera une conférence sur ce thème quand nous serons sortis de l’urgence sanitaire actuelle.

Article publié dans le bulletin SahCM n°42 de 2015 disponible à la vente sur ce lien

 

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