Petite histoire de l’atelier de taille de pierre.

” L’Hostellerie Saint-Julien”, ainsi improprement appelée du fait d’une erreur dans l’identification de bâtiment, ancienne quincaillerie Abelin dans son dernier avatar, avait été acquise par la ville de Saintes en 1989. De 1991 à 1993, le Centre de la pierre de Bordeaux avait encadré avec M. Saturnin, des stages de restauration du portail principal, afin d’initier des professionnels de la pierre à la restauration dans les règles de l’art.

L’un des stagiaires, Thierry Grégor eut alors l’idée de proposer à l’Atelier du Patrimoine la création d’un atelier d’initiation à la taille de pierre.

Les tailleurs de pierre (1)

 

L’activité démarra en novembre 1993, installée sommairement dans l’Hostellerie, avec une quinzaine d’inscrits. La place étant limitée, deux séances avaient lieu les mardis et mercredis soir de 20h à 22h. Des pierres étaient fournies gratuitement par la municipalité de Pons et la société Rocamat.

Très vite, le succès était au rendez-vous, et une liste d’attente s’allongea…

En 1997, Christophe Chappoteaux écrivit un petit texte, ” quelques nouvelles de l’atelier de taille de pierre” publié dans le journal du patrimoine. En voici quelques extraits: ” un soir par semaine, l’Hostellerie Saint-Julien s’anime au bruit des gradines, ciseaux, chemin de fer et autres instruments chers aux tailleurs de pierre”.Quinze à vingt passionnés se retrouvent dans ce lieu superbe et vétuste, d’abord pour le plaisir de tailler, de sculpter, de polir la pierre, mais aussi pour échanger sur toutes sortes de sujets..Chacun donne son avis sur le problème technique ou esthétique posé par les réalisations  en cours.On plaisante aussi car on ne se prend pas trop au sérieux, la bonne humeur est de mise grâce à l’ambiance assurée par Thierry Grégor. Celui-ci anime bénévolement cet atelier pour la quatrième année et depuis le mois de Septembre, nous avons vu naître cinq nouveaux balustres puisque c’est la figure imposée pour tout nouveau tailleur de pierre”.

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Les bases du fonctionnement de l’atelier étaient posées, et bien posées puisqu’elles perdurent encore aujourd’hui, avec le même enthousiasme et la même ambiance.

Peu à peu, l’atelier s’ouvre vers l’extérieur. Ainsi, en 1999, des étudiants en histoire médiévale de La Rochelle viennent à l’atelier s’initier à la taille de pierre avec leur professeur, Nicolas Fauchère. En novembre 1999, les premières journées de portes ouvertes pendant le mois de la pierre ont accueilli 75 visiteurs, ce qui est considéré comme un succès à renouveler. Depuis la fin de l’année 1999, l’atelier a déménagé à l’église des Jacobins, lieu magnifique, afin que les travaux d’aménagement de ” l’hostellerie Saint-Julien” en lieu culturel puissent commencer. C’est la carrière Transminéral de Thénac qui fournit désormais régulièrement et jusqu’à aujourd’hui des palettes de pierres.

En 2000, Elisabeth Dameron Dupas responsable de la pédagogie au sein de l’Atelier du patrimoine, accueille déjà de nombreux enfants pour des initiations à la taille de pierre dans le cadre des animations vacances de la ville, mais aussi des classes de Saintes et des environs, chaque enfant réalisant un bas-relief sur un petit bloc de pierre. Cette année-là ce sont déjà 684 élèves du primaire qui ont ainsi été accueillis pour 143 heures d’encadrement, l’activité connaissant un grand succès, limité par le temps disponible de l’animatrice.

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En 2002, Thierry Gregor se consacre à d’autres activités, sans passer la main à quelqu’un en particulier. L’atelier reste autogéré sans “chef”, les plus expérimentés aident les “nouveaux”. Chacun peut recevoir et donner des conseils. De temps à autre, un évènement festif s’organise, soit pour fêter une belle pièce qui vint d’être terminée, ou l’achèvement d’un balustre, ou sans motif particulier. En 2003, grande nouveauté, l’atelier dispose désormais de sanitaires. Les journées portes ouvertes du mois de la pierre ont attiré 170 visiteurs, accueillis toujours bénévolement par les membres de l’atelier.

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En 2007, Arrigo Bortolotti et Henri Millet, deux membres de l’atelier remarquables par leur compétence et leur implication, reproduisent exactement la pierre de consécration de l’ancien couvent des Cordeliers, qui se situait à l’emplacement du palais de justice, agrandi  et inauguré le 9 janvier 2006.

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En 2008, des membres de l’atelier sculptent des chapiteaux des trois ordres romains et un bas-relief de façade de temple antique à l’intention des visiteurs non-voyants, pour le Centre d’interprétation du patrimoine qui se met en place à “l’hostellerie Saint-Julien” désormais rénovée. L’atelier de pierre participe également à des manifestations culturelles pour des démonstrations et des initiations à titre bénévoles. A partir de 2013, Muriel Perrin nouvelle directrice de l’Atelier du Patrimoine relance l’activité de l’atelier avec des expositions de sculptures sur des thèmes proposés chaque année aux sculpteurs : ” le vêtement romain” au musée archéologique, “gargouilles et modillons”, ” les cinq sens”, ” les métiers d’art dans la ville à l’hostellerie Saint-Julien”. L’activité d’accueil des enfants pour des initiations augmente considérablement et Catherine Chénesseau, responsable de la pédagogie, recrute régulièrement des bénévoles tailleurs de pierre pour encadrer ces séances scolaires. L’atelier propose désormais cinq séances hebdomadaires à ses membres et le nombre d’inscrits culmine à 64. Toutes ces activités, outre les séances régulières des mardis et mercredis, n’auraient pu exister sans l’implication des tailleurs de pierre qui se sont succédés durant ces vingt-six années, dans une bonne ambiance générale, avec une autogestion souple basée sur le volontariat. En 2017, l’atelier du patrimoine est repris par la ville de Saintes. L’atelier de taille de pierre qui en faisait partie ne peut être intégré à la ville. Désormais renommé “Atelier Saintais de sculpture sur pierre”, après une période de flottement et d’incertitudes, les sculpteurs trouvent une nouvelle structure d’accueil et sont désormais membres de la Société d’archéologie de d’histoire de la Charente-Maritime.

Ainsi l’aventure continue et, nous l’espérons pour longtemps encore.

 

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Photos : Daniel Baillou, Michèle Dizet, Françoise Doutreuwe

L’article est de : Françoise Doutreuwe , il figure dans le bulletin n°45-2018 de la SahCM.

Voir  l’index “Association” du site , les” statuts”- l’article 10 : Dispositions  propres à l’activité sculpture sur pierre.

 

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